Psychanalyste à Avignon, Fanny ARDANT

10 juil 2022

« Je n’ai jamais été en psychanalyse. Mais curieusement, on s’effleure, elle et moi, depuis des années. J’ai chez moi un divan très ressemblant à celui d’un psychanalyste, et une photo de Freud, car je trouve ce visage magnifique. Il a la beauté de l’intelligence. J’ai toujours eu en tête l’idée de parler à quelqu’un qui m’écouterait vraiment. Donc oui, la psychanalyse est chez moi une grande tentation. Mais en même temps, j’ai l’impression que je sais déjà tout ce que j’y dirais et entendrais. C’est peut-être faux, mais voilà : j’ai été si près du gouffre que j’ai été contrainte de regarder le fond. Et de me demander : pourquoi cela me fait-il si mal ? D’où vient que je puisse rire joyeusement dans la rue et l’instant d’après me sentir d’une immense vulnérabilité, comme si tout m’atteignait ? Je vis dans ce rapport schizophrénique à moi-même, où la personne un peu folle en moi côtoie l’autre, terriblement lucide et sans illusions. » Fanny Ardant, je refuse d'avoir peur

Dépasser une crise, Avignon

25 mai 2022

« Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser. Comment tu as fait pour survivre. Tu ne seras pas très sûr en fait qu’elle soit achevée. Mais sois certain d’une chose. Une fois que tu auras essuyé cette tempête. Tu ne seras jamais plus le même. Tel est le sens de cette tempête ! »
Haruki Murakami, (Kafka sur le rivage)

Epictète

13 mai 2022

Les choses qui dépendent de nous sont par nature libres, sans empêchement, sans entraves. Les choses qui ne dépendent pas de nous sont dans un état d'impuissance, de servitude, d'empêchement, et nous sont étrangères.

Souviens-toi donc que, si tu crois que les choses qui sont par nature dans un état de servitude sont libres et que les choses qui te sont étrangères sont à toi, tu te heurteras à des obstacles dans ton action, tu seras dans la tristesse et l'inquiétude, et tu feras des reproches aux dieux et aux hommes.

Si au contraire tu penses que seul ce qui est à toi est à toi, que ce qui est étranger – comme c'est le cas – est étranger, personne ne pourra plus exercer une contrainte sur toi, personne ne pourra te forcer, tu ne feras plus une seule chose contre ta volonté, personne ne pourra te nuire, tu n'auras plus d'ennemi, car tu ne subiras plus de dommage qui pourrait te nuire. »
(Épictète)

Aide par la psychanalyse Avignon

10 mai 2022

« Il nous faut croiser bien des revenants, dissoudre bien des fantômes, converser avec bien des morts, donner la parole à bien des muets, à commencer par l’infans que nous sommes encore, nous devons traverser bien des ombres pour enfin, peut-être, trouver une identité qui, si vacillante soit-elle, tienne et nous tienne » C'est ainsi qu'on peut trouver une aide dans la psychanalyse à Avignon


JB Pontalis, « la traversée des ombres », Folio/Gallimard Ed., 2005.

La solitude du psychanalyste, selon Jean-Bertrand PONTALIS

16 avr 2022

" La pratique analytique (..) n'est pas de tout repos. Elle est singulièrement éprouvante. D'être des heures, des années durant, le dépositaire de la souffrance, de l'angoisse de ses patients, se sentir parfois réduit à n'être que le témoin impuissant d'une autodestruction ravageante, être pris pour cible d'attaques haineuses, ou pour objet d'un amour passionnel, tout cela ne laisse pas intact. A la fin de la journée (..) il est rare que l'humeur soit paisible, la pensée limpide, les frontières de son propre" moi" solidement établies. Bref, avoir été pris pour un autre que celui qu'on croit être, et d'avoir été soumis à l'épreuve de l'altérité de l'inconscient, on ne sait pas trop qui on est. Et cette intranquillité (..), cet ébranlement de son identité, on ne peut les partager avec personne, pas seulement au motif du secret professionnel. Je crois que c'est précisément cette solitude foncière de l'analyste qui le pousse à maintenir un lien avec ceux qui connaissent une expérience sinon similaire, du moins du même type".

 

J.-B. Pontalis - "Le Laboratoire central" - Éditions de l'Olivier, 2012.

 

Changer sa vision du monde, c'est changer sa relation à l'Autre

1 avr 2022

"Si tu veux changer la manière dont les autres te traitent, tu dois d'abord changer la manière dont tu te traites. Tant que tu n'apprends pas à t'aimer, pleinement et sincèrement tu ne pourras jamais être aimée. Quand tu arriveras à ce stade, sois pourtant reconnaissante de chaque épine que les autres pourront jeter sur toi. C'est le signe que bientôt tu recevras une pluie de roses.
"Soufi, mon amour", Elif Shafak, 2010, 10/18 Ed.

 

L'inconfortable désir qui nous situe dans la vie

14 mar 2022

« Le désir est torve, il ne se conforme pas à nos idéaux, et voilà pourquoi nous avons tellement besoin d'eux. Le désir se moque de tous les efforts humains et leur donne un sens. Le désir est l'anarchiste originel, le premier agent secret – pas étonnant que les gens veulent l'éradiquer. Et au moment précis où nous pensons tenir fermement la bride au désir, il nous laisse tomber ou il nous remplit d'un espoir nouveau. Le désir me fait rire parce qu'il se moque de nous tous, autant que nous sommes. Mais autant se laisser rouler dans la farine par lui que devenir fasciste. » (Hanif Kureishi, Intimité, 1998)

La relation d'objet et le désir

9 mar 2022

"Freud insiste sur ceci, que toute façon pour l’homme de trouver l’objet est, et n’est jamais que, la suite d’une tendance où il s’agit d’un objet perdu, d’un objet à retrouver.

 

Il ne s’agit nullement de l’objet considéré dans la théorie moderne comme étant l’objet pleinement satisfaisant, l’objet typique, l’objet par excellence, l’objet harmonieux, l’objet qui fonde l’homme dans une réalité adéquate, dans la réalité qui prouve la maturité – le fameux objet génital. [...] Freud nous indique que l’objet est saisi par la voie d’une recherche de l’objet perdu. [...]

 

Il est clair qu’une discordance est instaurée par le seul fait de cette répétition. Une nostalgie lie le sujet à l’objet perdu, à travers laquelle s’exerce tout l’effort de la recherche. Elle marque la retrouvaille du signe d’une répétition impossible, puisque précisément, ce n’est pas le même objet, ça ne saurait l’être. La primauté de cette dialectique met au centre de la relation sujet-objet une tension foncière, qui fait que ce qui est recherché n’est pas recherché au même titre que ce qui sera trouvé. C’est à travers la recherche d’une satisfaction passée et dépassée que le nouvel objet est cherché, et qu’il est trouvé et saisi ailleurs qu’au point où il est cherché. Il y a là une distance foncière qui est introduite par l’élément essentiellement conflictuel que comporte toute recherche de l’objet. C’est la première forme sous laquelle dans Freud apparaît la relation d’objet."

 

Jacques Lacan, "Séminaire, Livre IV", "La relation d'objet", éditions du Seuil, 1994, pages 16-17

La rigueur scientifique de freud

28 fév 2022

" Je ne me fie guère à l’intuition ; d’après ce que j’ai pu en voir, ce qu’on appelle ainsi m’apparaîtrait plutôt comme la conséquence d’une certaine impartialité de l’intellect. Mais, malheureusement, on est rarement impartial lorsqu’il s’agit des choses dernières, des grands problèmes de la science et de la vie. Je crois que chacun de nous est alors sous l’emprise de préférences profondément enracinées que nous ne faisons que servir à notre insu dans nos spéculations. Avec d’aussi bonnes raisons de nous méfier, nous ne pouvons guère, à l’endroit des produits de notre propre réflexion, que faire preuve d’une bienveillance des plus tempérées. Je m’empresse d’ajouter cependant que cette auto-critique n’exige pas de nous une tolérance particulière envers les opinions divergentes. On est en droit de rejeter impitoyablement des théories que contredit déjà d’emblée l’analyse des faits observés, tout en sachant par ailleurs que les théories qu’on professe soi-même n’ont qu’une validité provisoire."

 

Sigmund Freud, "Au-delà du principe de plaisir" (1920), traduit de l'allemand par Jean Laplanche et J.-B. Pontalis, éditions Payot, Paris, 2010, pages 143-144

La névrose, selon Anne Dufourmantelle

25 fév 2022

"L’incertitude est ce dont la névrose a le plus horreur. Toute notre organisation névrotique (et nous sommes tous névrosés) consiste à faire barrage à l’inattendu. L’inconscient est un GPS qui intègre toutes les données de votre généalogie, de votre enfance et de ce que vous avez vécu. Il vous indique des chemins et des routes qu’il trouve plus sûrs ou moins encombrés. Si vous lui donnez un itinéraire ou un lieu inconnu, il va tout faire pour que vous n’y alliez pas parce qu’il y a trop de risques. Par contre, ce qui est sympathique avec l’inconscient c’est que, de la même manière qu’un GPS, il va intégrer la nouvelle route la deuxième fois, il va y aller. L’inconscient fonctionne dans la répétition.
Cette capacité à l’inattendu c’est quelque chose qu’il faut trouver dans l’aptitude à être au présent. Et le lâcher prise est fondamental. Le problème, c’est que cela ne se décide pas. Ce n’est pas une question de volonté. Le lâcher prise n’empêche pas la vigilance. Au contraire, il l’appelle. Le risque met sur le qui-vive, puisqu’il y a du danger. Cela met en éveil. Il faudrait lutter contre les deux piliers de la névrose qui, pour éviter l’inattendu, se repose à 90% sur deux grosses ficelles – à savoir « la vie commence demain » ou dans deux heures ou dans une heure. C’est-à-dire qu’elle vous dit : « Oui, bien sûr, on va changer ci et ça ». Elle est très accommodante, la névrose. Elle veut bien changer, mais pas tout de suite. L’autre ficelle, c’est le tout ou rien. « C’est noir ou blanc ». D’où l’idée qu’il n’y a pas de petit choix, comme s’il n’y avait pas de gris entre les deux. Or, dès que vous commencez du gris, vous amorcez quelque chose. 

(Anne Dufourmantelle, Eloge du risque)