L'aventure psychanalytique, Anne Dufourmantelle Avignon

9 mai 2023

Une psychanalyse est une enquête risquée, sans assurance d'arriver jamais au terme de la recherche.
Pas de certitude d'être dans la vérité d'une origine ni de résolution définitive à l'angoisse.
Et pourtant il est question de "se trouver".
Une trouvaille pareille à nulle autre. Parce qu'il faut du courage pour l'entreprendre, et parce qu'il y a de la douceur aussi dans le cheminement de cette rencontre avec soi. Sur le terrain balisé de la répétition que la névrose défend, l'inespéré traduit la possibilité d'une alternative. "Tu peux changer ta vie", dit le vers d'un poème de Rilke. Et s'il s'agissait d'abord de se perdre, c'est-à-dire de mettre à l'épreuve une certaine idée que l'on se faisait de soi?

(Anne Dufourmantelle, Laura Leter
Se trouver, dialogue sur les nouvelles souffrances contemporaines)

 

Choix, Risque et zone de confort Avignon

17 avr 2023

L’incertitude est ce dont la névrose a le plus horreur.

Toute notre organisation névrotique (et nous sommes tous névrosés) consiste à faire barrage à l’inattendu. L’inconscient est un GPS qui intègre toutes les données de votre généalogie, de votre enfance et de ce que vous avez vécu. Il vous indique des chemins et des routes qu’il trouve plus sûrs ou moins encombrés.

Si vous lui donnez un itinéraire ou un lieu inconnu, il va tout faire pour que vous n’y alliez pas parce qu’il y a trop de risques. Par contre, ce qui est sympathique avec l’inconscient c’est que, de la même manière qu’un GPS, il va intégrer la nouvelle route la deuxième fois, il va y aller. L’inconscient fonctionne dans la répétition.

Cette capacité à l’inattendu c’est quelque chose qu’il faut trouver dans l’aptitude à être au présent.

Et le lâcher prise est fondamental. Le problème, c’est que cela ne se décide pas. Ce n’est pas une question de volonté.

Le lâcher prise n’empêche pas la vigilance. Au contraire, il l’appelle.

Le risque met sur le qui-vive, puisqu’il y a du danger. Cela met en éveil.

Il faudrait lutter contre les deux piliers de la névrose qui, pour éviter l’inattendu, se repose à 90% sur deux grosses ficelles – à savoir « la vie commence demain » ou dans deux heures ou dans une heure.

C’est-à-dire qu’elle vous dit : « Oui, bien sûr, on va changer ci et ça ». Elle est très accommodante, la névrose. Elle veut bien changer, mais pas tout de suite.

L’autre ficelle, c’est le tout ou rien. « C’est noir ou blanc ». D’où l’idée qu’il n’y a pas de petit choix, comme s’il n’y avait pas de gris entre les deux. Or, dès que vous commencez du gris, vous amorcez quelque chose.

(Anne Dufourmantelle, Eloge du risque)

Actualité de la psychanalyse Avignon

17 avr 2023

Il serait bien que l'honnêteté intellectuelle et scientifique puisse aboutir.

Les psychothérapies psychodynamiques nouvelles tirent leur origine directement des analystes qui dans la continuité de l'influence de sandor Férenczi ont renouvellé la pensée et la pratique analytique, comme par exemple Anzieu avec le "Moi-peau" et Kaës avec l'inconscient groupal, ou Green avec ses travaux sur le narcissisme.

Comme par hasard, ces auteurs ne sont jamais cités par les détracteurs de la psychanalyse, qui exploitent à foison l'hermétique de lacan. Tout simplement parce qu'ils ne les connaissent pas.

Pour critiquer la psychanalyse aujourd'hui, encore faudrait-il tenter de critiquer les théories et pratiques actuelles, plutôt que de répéter continuellement la même erreur : critiquer Freud, toujours Freud.

En effet, de nombreuses psychothérapies modernes découlent du principe de répétition évoqué par Freud à propos de la Pulsion de mort. Quelque chose se répète dans l'existence pour se répéter secondairement dans la séance psychanalytique : le transfert.

La psychothérapie psychodynamique, focalise aujourd'hui son travail sur les interactions entre le thérapeute et le patient. Elle se décentre de son origine historique : l'interprétation, la recherche de la signification, le symboliques.

Une psychothérapie efficace, ce n'est pas simplement une thérapie qui soigne des symptômes. C'est aussi un processus qui permet de co-construire des processus psychiques jamais advenus auparavant chez un patient. Ainsi se met en place une transformation due à l'effort psychananalytique.

 

Grandeur ou décadence ? Hypernarcissisme ou psychose ordinaire Avignon

5 avr 2023

La question du sort de l'espèce humaine me semble se poser ainsi : le progrès de la civilisation saura-t-il, et dans quelle mesure, dominer les perturbations apportées à la vie en commun par les pulsions humaines d'agression et d'autodestruction ? A ce point de vue, l'époque actuelle mérite peut-être une attention toute particulière. Les hommes d'aujourd'hui ont poussé si loin la maîtrise des forces de la nature qu'avec leur aide il leur est devenu facile de s'exterminer mutuellement jusqu'au dernier. Ils le savent bien, et c'est ce qui explique une bonne part de leur agitation présente, de leur malheur et de leur angoisse. Et maintenant, il y a lieu d'attendre que l'autre des deux « puissances célestes », l'Eros éternel, tente un effort afin de s'affirmer dans la lutte qu'il mène contre son adversaire non moins immortel."

 

Sigmund Freud, Malaise dans la culture (1930) - paragraphe final.

L'analysant, le psychanalyste et le transfert Avignon

5 avr 2023

Aimer bien ses patients : condition nécessaire pour moi. Je vois bien ce qu'on pourrait me rétorquer : ne serait-ce pas pour être payé de retour, une façon de m'assurer que je suis aimé par eux ? N'empêche : je ne conçois pas comment je pourrais leur consacrer tant de temps, d'attention, vouer une si grande part de ma vie à écouter leurs plaintes, à faire mien, sans m'y confondre ce que Lagache appelait leur "monde personnel", si je ne pensais pas à ce qui les entrave - symptômes, inhibitions, répétition, narcissisme à vif -, que ce qui les rend captifs de leur névrose recouvre ce que je ne peux me représenter autrement que comme mouvement vers, même si la finalité de ce mouvement est de détruire - soi ou l'objet.

Un pari sur les forces de vie.

Serais-je plus médecin que je ne le crois ? Un médecin qui ne serait pas soumis à l'exigence de "guérir" mais porté par un besoin plus fort que celui qui ne vise qu'à rendre la vie vivable, supportable (ce qui implique une grande part de résignation). Faire en sorte que l'autre se sente, se veuille vivant. Je ne sais pas trop ce que j'entends par là. Peu m'importe.

La fameuse formule de Bichat : "La vie est l'ensemble des forces qui résistent à la mort." Juste mais un peu trop négative à mon goût. Alors, quoi ? L'"élan vital" de Bergson ? Un peu trop positif, cette fois. Freud, lui, a choisi un mot latin, libido, que n'ignoraient pas les Pères de l'Eglise : la libido peut se diriger vers les objets multiples, vers le savoir aussi bien que sur la vengeance, elle se déplace, elle ne tient pas en place, elle migre... Éros, plus civilisé et civilisateur, finalement, que libido, moins indomptable, moins sauvage, Éros qui vient aiguillonner, éveiller Psyché endormie. Éros est vif, joyeux. Libido, toxique, peut préférer la mort.

 

Aimer bien ses patients : conditions pour que le goût de vivre leur revienne et que les choses trouvent leur saveur, pour qu'à tout le moins ce qu'un peintre épris de couleurs appelait une "cordialité pour le réel" l'emporte sur l'hostilité, le rejet.

Aimer bien ses patients - pas trop, comme si ce trop était un mal, un amour destructeur pour soi comme pour l'autre. Les aimer bien, différent de, et même opposé à, vouloir leur bien. Ne rien exiger, mais se fier à ce qu'il y a de vivant en chacun.

 

(J.-B. Pontalis, Fenêtres)

L'importance du symbolique et du signifiant en psychanalyse Avignon

5 avr 2023

« Le rapport de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel […] je ne m’y suis pas aventuré pour rien, ne serait-ce qu’en ceci que la primauté du tissu, c’est-à-dire de ce que j’appelle en l’occasion les choses, la primauté du tissu est essentiellement ce qui est nécessité par la mise en valeur de ce qu’il en est de l’étoffe d’une psychanalyse. Si nous n’allons pas tout droit à cette distance entre l’Imaginaire et le Réel, nous sommes sans recours pour ce qu’il en est de ce qui distingue dans une psychanalyse la béance entre l’Imaginaire et le Réel. Ce n’est pas pour rien que j’ai pris cette voie. La chose est ce à quoi nous devons coller et la chose en tant qu’imaginée, c’est-à-dire le tissu en tant que représenté. La différence entre la représentation et l’objet est quelque chose de capital. C’est au point que l’objet dont il s’agit est quelque chose qui peut avoir plusieurs présentations. »

(Figures de la psychanalyse, à la fin de la séance du 8 mai 1978 du séminaire Le moment de conclure, J. Lacan)

 

Qu'est-ce que changer ? Avignon

10 mar 2023

Psychologie Magazine : Vous écrivez : “Se séparer de soi : tâche aussi douloureuse qu’inéluctable et même nécessaire pour qui ne consent pas à rester sur place et que porte le désir d’avancer, d’aller au-devant de ce qui, n’étant pas soi, a des chances d’être à venir.” Est-ce cela, changer vraiment ?

 

J.-B. Pontalis : Oui, c’est aller hors de ce qui est connu de soi. C’est ce que j’ai toujours cherché. Avant de devenir psychanalyste, j’étais prof de philo. Un jour – j’avais 29 ans –, une élève d’hypokhâgne m’a dit : « Ils sont bien vos cours, mais on a l’impression que vous n’y croyez pas vraiment. » Sur le moment, ça ne m’a pas fait beaucoup d’effet, mais après j’ai réalisé qu’elle disait vrai : je maîtrisais le langage, le discours, mais je n’habitais pas mes mots. Il me fallait d’abord me dégager de mes maîtres, notamment de Sartre qui, quoique généreux, était si écrasant… En me séparant de Sartre, puis de Lacan, à chaque fois je me suis séparé, « dé-pris » de celui que j’étais à ce moment-là et des concepts qui me portaient alors – vous savez, on peut aussi se retrouver enfermé dans des concepts. Ç’a été long avant que je me reconnaisse vraiment dans ma parole, dans ce que j’écrivais. Ainsi y a-t-il pour chacun à se dégager des différentes identifications qui jalonnent sa vie. C’est cela, être vivant : essayer de ne pas rester figé dans un âge, dans une position, et aussi être capable de naviguer, de faire des allers-retours dans les différentes époques de sa vie : retrouver l’enfant en soi, sa part de féminité, sa révolte adolescente… Alors, tous les âges se télescopent, comme dans les rêves, où un élément de la veille et des souvenirs des toutes premières années se mélangent. L’important, c’est que ça bouge.

 

Entretien avec J.-B. Pontalis pour Psychologies Magazine

L'importance de l'Inconscient Avignon

10 mar 2023

" Pour bien comprendre la vie psychique, il est indispensable de cesser de surestimer la conscience. Il faut, comme l’a dit Lipps, voir dans l’inconscient le fond de toute vie psychique. L’inconscient est pareil à un grand cercle qui enfermerait le conscient comme un cercle plus petit. Il ne peut y avoir de fait conscient sans stade antérieur inconscient, tandis que l’inconscient peut se passer de stade conscient et avoir cependant une valeur psychique. L’inconscient est le psychique lui-même et son essentielle réalité. Sa nature intime nous est aussi inconnue que la réalité du monde extérieur, et la conscience nous renseigne sur lui d’une manière aussi incomplète que nos organes des sens sur le monde extérieur. " (Sigmund Freud, l'interprétation des rêves)

La Jouissance du Symptôme Avignon

19 fév 2023

« En effet, si la psychanalyse ne consiste pas à débarrasser le sujet de ses symptômes - c'est la thèse de Lacan -, elle peut en revanche lui permettre de savoir de quoi il est prisonnier. Il en résulte que le sujet, en apprenant à se servir de son symptôme, c'est-à-dire en l'instrumentant, peut trouver une autre satisfaction et ne pas se résigner à consommer la jouissance exténuante qu'il comporte. Lacan démontre que la jouissance est un ressort majeur dans la marche du monde. [...] La psychanalyse est un discours de renoncement à la jouissance nocive de l'Autre, elle ouvre la possibilité de retrouver dans le parler ce qu'il lui faut de jouissance pour que son histoire continue. »

— Patrick Valas, Les di(t)mensions de la Jouissance, Éditions Érès, 1998, p.158

 

Le symptôme est une formation de compromis, mise en place par le sujet, entre 2 instances contradictoires. Si bien qu'il est difficile de se débarasse de son symptôme, car il résulte d'un certain équilibre : d'un côté, on en souffre (c'est la jouissance négative :"Jouiffrance", dirait Lacan, pour insister sur la souffrance) et de l'autre, on en tire des bénéfices secondaires.

Si l'on arrive par le biais de la psychanalyse à découvrir quel sens revêt le symptôme, il est alors possible de s'en libérer. D'où l'importance de la "talking cure", qui nous montre qu'il existe un autre nous-même, le Grand Autre, c'est-à-dire l'Inconscient en nous tous ...

La psychanalyse est libératrice, car elle permet de ne pas être son pire ennemi Avignon

8 jan 2023

La névrose nous pousse à passer trop souvent notre temps à aller à l'encontre de notre désir, ce qui fait qu'il n'y a pas pire ennemi que nous-mêmes !

La psychanalyse nous libère de ce qui aurait pu apparaître comme un destin, mais qui n'est que la force inconsciente de la répétition, découverte par Freud dans la pulsion de mort. Certes, nous aurons à affronter les difficultés de la vie, mais au moins, nous ne serons affectés que par les difficultés externes.

Philippe Grimbert, dans "Un Secret" a très bien expliqué dans des termes simples, en quoi la psychanalyse l'avait sauvé. Son livre, publié chez le Livre de Poche, a obtenu plusieurs prix et a été adapté au cinéma par Claude Millier.

Nous apprenons qu'il y a de l'Être dans la parole, ce que Lacan disait à sa façon en évoquant le parlêtre, René Char le dit de façon plus évocatrice : "les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d'eux".

La psychanalyse se fait au risque de la parole.