Psychanalyse, François CLUZET Avignon

23 jan 2025


"Tout le monde le sait, on vit avec son enfance. (...) Moi, j'ai fait une psychanalyse pendant huit ans pour essayer de comprendre pourquoi j'étais aussi autodestructeur. Maintenant, évidemment grâce à l'analyse, puis grâce à l'amour que j'ai reçu, ce côté autodestructeur a disparu. »

#francoiscluzet

 

La psychanalyse, Georges PEREC Avignon

22 jan 2025

« La psychanalyse ne ressemble pas vraiment aux publicités pour chauves : il n’y a pas eu un « avant » et un « après ». Il y a eu un présent de l’analyse, un « ici et maintenant » qui a commencé, a duré, s’est achevé. Je pourrais tout aussi bien écrire « qui a mis quatre ans à commencer » ou « qui s’est achevé pendant quatre ans ». Il n’y a eu ni début ni fin ; bien avant la première séance, l’analyse avait déjà commencé, ne serait-ce que par la lente décision d’en faire une, et par le choix de l’analyste ; bien après la dernière séance, l’analyse se poursuit, ne serait-ce que dans cette duplication solitaire qui en mime l’obstination et le piétinement : le temps de l’analyse, ce fut un engluement dans le temps, un gonflement du temps : il y a eu pendant quatre ans un quotidien de l’analyse, un ordinaire : des petites marques sur des agendas, le travail égrené dans l’épaisseur des séances, leur retour régulier, leur rythme. »

Penser / Classer de Georges Perec (1936-1982)

Lacan, la division du sujet Avignon

19 jan 2025

Négativité ontologique

 

Lacan affirme que le sujet de la psychanalyse n'est pas le sujet de la connaissance tel qu'il est construit dans la tradition de la philosophie, c'est-à-dire correspondant à la conscience, mais le sujet en tant que structuré autour d'une division radicale, la Spaltung freudienne, représentée dans le sujet barré S/.

Ce qui exprime la division du sujet entre la conscience et l'inconscient : "je ne suis pas où ça parle, je est un autre, je ne parle pas d'où c'est"...

Le ça (l'Inconscient) ne parle pas du moi.

 

Ce qui caractérise le sujet Lacanien c'est qu'il est marqué par une faute, par une décentration radicale de lui-même, car la complète identité que le sujet recherche est impossible au niveau symbolique.

 

Le sujet est condamné à symboliser afin de se constituer lui-même, mais cette symbolisation ne peut capturer à la fois l'ensemble et la singularité du corps réel, qui pourrait renvoyer au circuit fermé des pulsions.

Témoignage anonyme d'une analysante, La Recherche du Père Avignon

19 jan 2025

J’ai mis des années à comprendre que ce que je pensais être une attirance pour les hommes plus âgés n’en était pas une, et que non, je n’échappais pas moi non plus à ce cliché de la fille avec des "daddy issues"… il n’y avait en fait là qu’une vulgaire recherche inconsciente du père, et la volonté, peut-être, de trouver ce regard protecteur et valorisant dont j’avais trop souvent manqué. Et même, pire encore, de fuir l’amour, en lui donnant tous les moyens de ne pas se concrétiser, parce que je n’étais pas prête. J’étais pourtant sûre de ne pas être cette personne, parce que je me l’interdisais, parce que je connaissais la psychologie de base, et que lorsqu’on connaît cela, on pense justement pouvoir guérir et ne pas reproduire les schémas… et en fait si. Que tristeza ! Preuve en est : je n’ai jamais réussi à ne serait-ce qu’embrasser un de ces hommes plus âgés, et ne parlons pas de faire l’amour avec. Il m’est déjà arrivé d’entretenir quelques ambiguïtés ou histoires avec des hommes mûrs, mais cela a été très rare, et quand c’est arrivé, soit ils étaient des miracles de la nature et ne faisaient pas du tout leur âge, soit mon attirance se reportait davantage sur ce qu’ils avaient été quelques années plus tôt, et qui me correspondait bien plus : je désirais leur passé, connu en premier, et acceptais donc leur présent (par exemple, quand on rencontre virtuellement une personne et que sa photo de profil date d'il y a 10 ans, ou qu'on trouve d'anciennes photos sur internet...). Et surtout, cela n’a jamais pu se solder par une vraie histoire, physique, concrète. Un interdit peut-être. Et oui, il faut le dire, si ces hommes avaient eu 20 ans de moins, ou si j'avais eu 20 ans de plus, quelque chose se serait peut-être produit. Je les ai trouvés beaux, mais pas d’une beauté que je pouvais à présent désirer. Il n’y avait pas correspondance avec ce que j’étais à ce moment. J’aurais eu l’impression de monter sur les genoux de papa. Cela aurait été étrange, tous ces cheveux gris, toutes ces rides, contre ma peau encore douce. Cela avait du charme, je pouvais le reconnaître, tout comme je peux trouver de la beauté chez chacun. Mais ce n’était juste pas un charme qui pouvait intimement me pénétrer, cela n’était pas mon monde, pas mon clan d’appartenance, et pas une chose sur laquelle je pouvais projeter un désir sexuel. Je crois d'ailleurs ne pas être un monstre en disant cela : ils ne sont pas délaissés, les femmes de leur âge apprécient sans doute cela.

Il est intéressant de constater que cette attirance pour les hommes âgés, qui ne s’est réveillée vraiment en moi qu’au seuil de la vingtaine, venait en grande partie de ce que je pensais ressentir avec eux une connivence particulière. Je me sentais exclue par les gens de mon âge, incapable d’appartenir au troupeau, accablée et fourbue par une forme de gravité qui me mettait en porte-à-faux avec eux. Les hommes mûrs et moi avions été marqués au fer rouge : eux, par les rides et la vie, moi par le rejet, la distance, et diverses autres blessures. Je rejoignais ces hommes comme on rejoint son clan d’appartenance. Tout en étant incapable de les désirer vraiment (ou précisément, tout en croyant les désirer, sans être capable de m'adonner à ce désir pour de vrai ; c'était une idée en fait). Ils formaient par ailleurs une grande partie de mes fréquentations. En fait, les garçons de mon âge m’apparaissaient toujours comme « trop bien pour moi » (attention, je ne hiérarchise pas, mais sans doute à cet âge est-on plus cruel avec l’aspérité, qui ne nous est pas familière ; je me figurais que c'était donc leur cas à mon sujet). Je ne m’estimais pas assez bien pour eux, tandis que je savais trouver dans le regard d’un homme d’âge mûr une plus grande indulgence, fruit d’un émerveillement sans cesse renouvelé pour ma jeunesse et ma fraîcheur. Une jeune femme, plus encore jolie, était pour eux un plaisir rare, un baume sur les rigueurs de l’âge et le sentiment d’être invisibles aux gens plus jeunes. Je ne voulais pas décevoir leurs espoirs. Ces hommes portaient sur moi le regard rassurant que l’on a pour le trésor, qui a accepté de se livrer ; je redoutais le regard des garçons de mon âge sur mes défauts et mes failles, que j’avais en trop grand nombre et qui me paraissaient précoces, incongrus, pas de notre temps.
Peut-être aussi la peur d’être une créature se livrant à la cruauté de son choix, et qui à ce titre discrimine et exclue, en "prenant ce qui lui revient de droit". Je ne voulais pas être comme ça.
Mais pourtant, les fruits sont là : je n’ai jamais couché avec ces hommes.

Bien sûr, tout cela est profondément analytique, et l’amour n’est pas analytique. Je crois que le véritable amour ne s’embarrasse justement pas de ces questions. Mais s’il faut vraiment dire les choses, statistiquement, je suis bêtement attirée, en général et de manière écrasante, par les garçons de mon âge (j’ai 33 ans au moment où j’écris ces lignes). Ou 4-5 ans plus âgés, l’écart basique. 40 ans constituant généralement la limite finale. Bien sûr, je n’en fais pas une règle ou une loi, je ne m’interdis pas de vivre autre chose, et je ne discrimine pas. Mais c’est sur ces rivages que les vagues m’ont portée jusqu’à présent. Mes histoires, celles qui se sont concrétisées, ont toujours été ou avec des hommes de mon âge, à peine plus âgés, ou plus jeunes. Pour ces derniers, j’ignorais généralement qu’ils étaient plus jeunes ou n’y avais pas fait attention, et j’étais surprise de constater qu’ils n’avaient pas l’immaturité (de caractère ou de faciès) que je leur prêtais ; les choses se sont juste produites ainsi, attirance mutuelle et il y a eu, et ce sont eux qui m’ont sauté dessus. On sous-estime d’ailleurs beaucoup les gens plus jeunes. Il y a des personnes très jeunes et très matures. Et pour ce qui est des garçons, ils sont souvent adorables avec les femmes, les vénérant presque.
Je crois aux familles d’âmes, qui transcendent les âges, mais voilà l’état des choses, s’il fallait l’expliquer au tout venant.

Petit à petit, ces derniers mois, je me suis défaite de mes scories. J’ai traqué en moi toutes les marques de la petite qui ne s’aime pas. De mieux en mieux, j’ose aller vers moi-même et croire que j’ai le droit d’être aimée. Et surtout, cela porte ses fruits ; et le monde extérieur me renvoie ce reflet flatteur - le monde extérieur n’est jamais que la projection de notre monde intérieur. Le chemin fut long, mais j’ai commencé de bonne heure, et chaque année, je suis un peu moins mélancolique. J'ai bien terminé l'année 2024, et je commence bien l'année 2025. J’ai été accablée très tôt par la douleur, et si j’ai longtemps déploré de ne pas avoir l’insouciance de ma jeunesse, je savais au fond de moi que cette pesanteur précoce cela était l’autre face d’un trésor : j’ai pu éviter certains pièges ; surtout, je savais déjà à 20 ans des choses que bien des gens de ma génération n’apprennent que maintenant, dans la trentaine, un coup de massue sur la tête. Je n’ai pas construit ma vie sur certaines tristes chimères. Je ne fais pas maintenant connaissance avec des réalités douloureuses sans les comprendre : je les ai déjà comprises, intégrées, j’ai fait la paix avec elles. Un peu comme celui qui a travaillé très dur et de bonne heure et peut désormais s’asseoir à l’ombre, dans le jardin de la maison qu'il a construit, pendant que les autres travaillent encore sous le soleil de plomb et n’en ont pas fini ; un peu comme quand on préserve dans son assiette ses morceaux préférés pour les savourer à la fin (c’est ce que j’ai toujours fait), ma vie s’est construite ainsi, et j’accède progressivement à une forme de félicité. Je ne pensais pas qu’il en serait ainsi. Mais je l’ai bien mérité, quand même...
 

Réel, Fantasme et Psychanalyste Avignon

12 jan 2025

La question du réel insiste comme un grain de sable qui empêche que ça tourne rond ! Et elle nous fait plutôt tourner en rond. Quelle que soit la discipline envisagée : sociologie, psychologie, sciences, quand bien même invente-on des fictions comme les « constructions du monde » religieuses, idéologiques, philosophiques. Où que l’on se tourne, même les scientifiques ne sont pas en reste : Max Planck récuse sa découverte au prétexte qu'il ne peut la voir et Albert Einstein s’offusque des prétentions de la mécanique quantique au nom de la sagesse divine.

Ce qui montre à quel point le réel -comme l'a bien vu Jaques Lacan- est ce qui nous résiste, ce contre quoi l'on bute !
Le réel se colore aujourd'hui d'une teinte de catastrophe si on le mesure à l’aune du désastre climatique et écologique planétaire ou du tournant fasciste des démocraties et de leurs médias.

Même les psychanalystes, parce que la cure mène le sujet à se défaire des "vérités mensongères" qu’il s’était construites pour se protéger de son réel, n’ont jamais cessé depuis Freud d’« ôter ses crocs à venin » à sa découverte pour la rendre plus consensuelle.

Et plutôt que de prendre en compte les scories indomptables du fantasme, laissent trop souvent le patient explorer son identité narrative, qui devient la fiction que chacun se forge de lui-même et à laquelle veut égaler son faux-self.

Le prénom et son importance Avignon

11 jan 2025

L’attribution d’un ou plusieurs prénoms est d’une importance décisive pour la destinée du nouveau-né, car le prénom est l’incontestable parole bâtisseuse de la vie. Au-delà de l'étymologie du prénom lui-même, il existe une ou plusieurs motivations conscientes ou inconscientes qui participent à son choix. L’attribution d’un prénom déjà présent dans l’arbre généalogique peut revivifier certains signifiants qui y sont associés, il faudra faire attention dans ce cas aux éléments du passé familial susceptibles d'être réactivés par le réemploi du prénom d'un ascendant. Le choix du prénom est intimement lié au projet familial (conscient et/ou inconscient) et peut de toute évidence influencer notre destinée. L’intérêt premier de la recherche psychogénéalogique est donc logiquement de repérer si les prénoms attribués aux descendants existent préalablement dans la lignée. Il n’est pas rare qu’un prénom soit déjà inscrit dans l'histoire familiale et redonné à un enfant sans que l’on s'en rende compte.
(Elisabeth Horowitz)

L'analyse nous permet de ne pas être ligotés, Valeria Bruni-Tedeschi

21 déc 2024

L’analyse élargit le champ d’expérimentation. On n’enlève pas les douleurs, on apprend à les reconnaître. On les nomme. Les choses qui grincent en nous continueront de grincer, les chagrins sont là, la mémoire est là, les manques vertigineux sont là…

L’analyse nous permet de ne pas être ligotés par tout ça. Moi, je me sentais ligotée par mes névroses, comme un saucisson, non pas dans ma vie professionnelle mais dans ma vie de femme. Alors, rendre ce « ligotement » un peu plus lâche, ça ne peut pas faire de mal.

Et puis, on se sent plus de droits. Avant, j’avais souvent tendance à me sentir comme un imposteur. Je ne me sentais pas le droit de réaliser un film, par exemple. C’est fini, je ne veux plus être empêchée par toutes les restrictions. Et mon film est fait.

Lire l'interview : www.psychologies.com/Culture/Divan-de-Stars/interviews/Valeria-Bruni-Ted...

 

Créativité, Camus Avignon

20 déc 2024

Si l'on considère que la psychanalyse est aussi la création de soi par soi, il n'est pas inutile de relire ce passage de Camus :

"De toutes les écoles de la patience et de la lucidité, la création est la plus efficace. Elle est aussi le bouleversant témoignage de la seule dignité de l'homme : la révolte tenace contre sa condition, la persévérance dans un effort tenu pour stérile. Elle demande un effort quotidien, la maîtrise de soi, l'appréciation exacte des limites du vrai, la mesure et la force. Elle constitue une ascèse. Tout cela « pour rien», pour répéter et piétiner. Mais peut-être la grande œuvre d'art a moins d'importance en elle-même que dans l'épreuve qu'elle exige d'un homme et l'occasion qu'elle lui fournit de surmonter ses fantômes et d'approcher d'un peu plus près sa réalité nue..."


Le Mythe de Sisyphe, 1942 de Albert Camus (1913-1960).

L'diot, Dostoïevski Avignon

16 déc 2024

L'Idiot" de Fiodor Dostoïevski est un chef-d'œuvre immortel, un roman qui traite de thèmes profonds et complexes.

Le protagoniste, le prince Myshkin, revient en Russie après avoir été dans un sanatorium pour soigner sa maladie : l'épilepsie. Conscient de la fugacité de la vie et de la douleur qui l'accompagne souvent, notre prince, au cœur pur, sera gentil et compatissant envers tous ceux qu'il rencontrera, sans rien demander en retour. Cependant, la gentillesse amène souvent le monde à profiter de ceux qui la pratiquent avec conviction. Lorsque le prince tombe follement amoureux de Nastas'ja Filippovna, une belle femme à la réputation douteuse, l'intrigue se complique. Nastas'ja Filippovna, qui subvient à ses besoins en vivant dans le luxe grâce aux hommes qu'elle fréquente, va tenter d'empêcher Myshkin de se compromettre pour un amour qui n'est pas digne de lui. La fin tragique révèle comment l'équilibre fragile entre le bien et le mal penche toujours vers ce dernier.

"L'Idiot" explore l'innocence et la pureté de l'esprit dans un monde avide et corrompu. Le prince Mychkine, d'une bonté désarmante, représente un oiseau rare voué à la défaite. Malgré le pessimisme sous-jacent, le roman est agréable et fascinant. Dostoïevski peint une Russie corrompue, ambitieuse et cruelle, en contraste frappant avec la bonne âme de Mychkine.

Une œuvre qui mérite d'être lue et méditée. Son élégance stylistique, la profondeur des personnages et le thème central font de ce roman un chef-d'œuvre intemporel.

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski est né à Moscou** le 11 novembre 1821. Fils d'un médecin militaire et d'une mère issue d'une famille noble et très religieuse, Dostoïevski était destiné à la carrière militaire. Cependant, sa véritable passion était la littérature. Après avoir terminé ses études d'ingénieur militaire, il abandonne sa carrière et écrit son premier roman, "Les Pauvres gens", qui connaît un grand succès. Tout au long de sa vie, Dostoïevski a produit une série d'ouvrages psychologiques qui explorent les complexités de la condition humaine. Parmi ses chefs-d'œuvre les plus connus figurent « Crime et Châtiment », « Les Frères Karamazov » et « L'Idiot ». Sa vie a été marquée par des épreuves personnelles, notamment des crises d'épilepsie et une période d'exil en Sibérie. Malgré ces difficultés, Dostoïevski reste l'un des plus grands romanciers de la littérature russe.
(Littérature et Poésie, La Lettre Patriote)
 

L'interprétation, Avignon

14 oct 2024

L’interprétation constitue un acte au cœur du travail clinique en psychanalyse. 

Elle a toujours occupé une place centrale depuis Freud et constitue un élément important du changement psychique.

Mais quelles sont véritablement ses fonctions et ses limites ? N’a-t-elle pas non plus un rôle essentiel dans la construction de nos pratiques cliniques ? 

Ce qui suppose de se demander comment intervenir pour encourager le processus analytique ? 

C’est à ce titre que l’interprétation aide l’analysant à différencier la vérité historique de la vérité narrative. A condition de savoir s'appuyer sur la créativité des analysants dans nos interprétations, de ne pas nous emprisonner dans les signifiants contemporains, qui fondent l’air ambiant et de ne pas se laisser séduire par une "belle interprétation" qui n’est pas forcément convaincante !