Qu'est-ce qu'une psychanalyse Avignon

4 avr 2026

" Une psychanalyse, c’est une prise de risque. Celle d’aller y voir du côté de ces petits arrangements obscurs avec nous-mêmes qui nous assurent un certain confort mais au prix de la sincérité, d’un rapport authentique aux autres. La psychanalyse déstabilise des équilibres qui nous maintiennent pour aller vers une vérité plus grande. Parfois, nous n’avons pas le choix et il est trop difficile de renoncer à une vie fausse où, par exemple, le désir est mis à distance parce qu’il est jugé trop dangereux. Mais le résultat, c’est une vie pas vécue parce qu’il eût été trop dangereux de la vivre. Ce ne sont pas les exemples qui manquent… C’est normal de construire des défenses, mais la société et des idéologies comme le développement personnel n’ont pas à nous inciter à les ériger. Je considère que c’est une vision assez triste de la vie, de l’être humain."

Mazarine M. Pingeot

La Rencontre Avignon

4 avr 2026

*Il n y a pas de hasard dans les rencontres.... Elles ont lieu quand nous atteignons une limite.

Que nous avons besoin de mourir pour renaître.

Les rencontres nous attendent, mais parfois nous les empêchons d avoir lieu... si nous sommes désespérés et  si nous n avons plus rien a perdre,

Ou au contraire enthousiasmés par la vie, l'inconnu se manifeste et notre univers change.

Les rencontres les plus importantes ont été préparées par les âmes, bien avant que les corps ne se voient...." (Paolo Coelho)

Psychanalyse Charlotte Casiraghi la fêlure Avignon

4 avr 2026

« Le soulagement est immédiat. On sait enfin ce qui n’allait pas depuis tant d’années. Ces diagnostics, bien qu’ils soient parfois justes, peuvent faire l’économie de tout ce qui peut venir fracturer nos vies. On traite le symptôme, on ajuste le comportement, on module les sécrétions – cortisol, dopamine, sérotonine. Mais on écoute de moins en moins l’histoire et le sujet, avec sa mémoire, ses contradictions et ses conflits. Tout cela devient secondaire. Comme si le récit de soi était parasite. Qu’est-ce que cela peut bien changer de le connaître, d’en être partie prenante, si on me propose d’agir tout de suite ? Alain Ehrenberg parle dans La Mécanique des passions de cette bascule contemporaine ; la souffrance n’est plus prise en compte comme un conflit intérieur à élaborer ou à élucider, mais comme un dysfonctionnement à corriger. L’histoire s’efface au profit du circuit, du schéma et de la performance. Il suffit d’un test, d’une molécule, de changer des habitudes, de suivre quelques préceptes magiques pour retrouver la sérénité. »

 

Extrait de "La fêlure", Charlotte Casiraghi

Vieillissement et psychanalyse Avignon

3 avr 2026

Ne vieillissons pas : « Ce qui est pire c’est qu’on se demande comment le lendemain on trouvera assez de force pour continuer à faire ce qu’on a fait la veille et depuis déjà tellement trop longtemps, où on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n’aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l’accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent, et toutes pour aller se convaincre une fois de plus que le destin est insurmontable, qu’il faut retomber au bas de la muraille, chaque soir, sous l’angoisse de ce lendemain, toujours plus précaire, plus sordide. C’est l’âge aussi qui vient peut-être, le traître, et nous menace du pire. On n’a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité. Et où aller dehors, je vous le demande, dès qu’on a plus en soi la somme suffisante de délire ? La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. »

Louis Ferdinand Celine, Voyage au bout de la nuit

Le noyau pervers Paul Claude Racamier Avignon

18 mar 2026

 Le noyau s’installe insidieusement dans l’organisme, dans le groupe, dans l’institution, dans le milieu social, quand ce n’est pas dans une nation tout entière. Il va suffire d’une défaillance, serait-elle passagère, de cet organisme ou de ce pays, pour que le noyau entre en action. […] Les plus enviables d’entre elles (les institutions) seront les plus visées. Car le moteur du noyau pervers, comme de toute perversion, c’est bien l’envie. Quant au but, c’est la prédation. Pour les moyens, ce seront ceux de la pensée perverse, mise en œuvre au sein d’un groupe. Le noyau pervers ne crée pas ; il infiltre ; il parasite ; il s’étend ; il se ramifie. Le noyau s’est installé sans crier gare. Il a fait mine de participer à l’œuvre commune. Agglutinant pour les utiliser ceux qu’il peut narcissiquement séduire, rejetant ceux qu’il ne réussit pas à capturer, le noyau entreprend de contaminer le milieu qu’il parasite. Par le mensonge et le secret, par la projection perverse et par l’intimidation, par la disqualification et le faire-semblant, le noyau, toujours agissant dans l’ombre, s’attache à ronger peu à peu, jusqu’à les rompre, les liens existant entre les personnes, entre les faits et les connaissances. Ne le savons-nous pas déjà ? La perversion narcissique se consacre tout entière à délier, dénouer et disjoindre. Tout cela, demandera-t-on, pourquoi ? Même pas forcément pour la gloire. Mais pour le pouvoir. Pour les indéracinables plaisirs de l’emprise. Pour le plaisir narcissique de blesser narcissiquement les autres. Pour venir enfin à bout de la créativité qui fait si cruellement envie aux inféconds lorsqu’elle émane des autres ; et pour la satisfaction de tuer la vérité dans l’œuf avant qu’elle ne pique ; et pour le profit : pour la rapine. »
Paul-Claude RACAMIER, ,Le noyau pervers,1985

Le changement en psychanalyse

28 fév 2026

              Certains psychanalystes le répètent : “Même après une analyse, on ne peut pas changer mais seulement ‘vivre avec’ qui l’on est.” En faites-vous partie ?


               Jean-Bertrand Pontalis : Si je ne croyais pas au changement, je ne ferais pas ce métier – si l’on peut appeler ça un métier – de psychanalyste. Si je vous disais : « On ne peut rien changer au monde intérieur et à la vie réelle d’une personne », que serait une analyse ? Cela dit, il y a chez l’individu, comme dans la société, de fortes résistances au changement : quelqu’un vient vous voir avec l’idée que ça ne va pas dans sa vie, qu’il veut changer, et en même temps, il vous répète qu’il est comme il est, ou vous dit : « C’est mon caractère », en en parlant presque comme d’un caractère d’imprimerie, que l’on ne peut plus modifier… Il y a donc à la fois désir de changement et résistances à celui-ci. Dans l’une de ses lettres de jeunesse, Freud a ce mot superbe : « Les patients tiennent souvent plus à leur névrose qu’à eux-mêmes. »

             Car quelquefois, votre souffrance, c’est ce qui vous tient le mieux compagnie… Tout le travail analytique est fait pour essayer de dépasser ces résistances et amener, non pas un changement radical, brutal, comme celui qu’évoque “La Métamorphose” de Kafka, mais une forme de remise en mouvement. D’ailleurs, je préfère le terme de mouvement à celui de changement, parce que celui-ci a toujours un sens un peu brutal. Il me rappelle certaines injonctions : « Cesse d’être comme ça ! Il serait temps que tu changes ! »

            Mais notre époque a soif de changements radicaux…
            Oui. Certaines thérapies comme le rebirth proposent de « renaître complètement », de « se transformer »… Or, je pense que, même si nous changeons, nous ne renaissons pas. Il y a aussi le fantasme de guérison : on veut « guérir », être délivré à jamais de ses symptômes. Or, c’est là un terme médical. Si la médecine cherche à vous faire revenir à l’état antérieur à la maladie, l’analyse n’a pas pour finalité de vous faire revenir à l’état précédant l’installation de la névrose.

           Elle est au contraire attente et espoir d’un état nouveau. Cela dit, je ne suis pas d’accord avec ceux qui ont prôné un temps que la « guérison venait de surcroît ». C’est là une très mauvaise compréhension du mot de Lacan. Il voulait dire que l’analyse n’a pas comme « principal objectif » que le patient guérisse, ce qui ne signifie pas non plus que l’on doive s’en soucier comme d’une guigne…
          Chacun a une certaine image de soi. Sa propre histoire, ses propres mots, comme un code qui lui permet de se comprendre et de comprendre les autres. Chacun a sa propre « théorie de soi ». Souvent, au moins dans les premiers entretiens, les futurs patients se disent que leur difficulté à vivre vient de l’éducation qu’ils ont reçue, ou de tel événement que l’on appelle souvent abusivement un traumatisme. Peu à peu, l’analyse va faire évoluer cette représentation de soi, notamment grâce à une modification de l’image de ses parents et du couple qu’ils formaient. Tel patient qui pensait que ces parents n’avaient pas de vie sexuelle satisfaisante découvre qu’il est un « enfant de l’amour ».

         Changer donc, c’est d’abord changer de point de vue : sur soi, sur les autres… Et cette mutation fait que, percevant le monde autrement, on y vit différemment. Les changements internes retentissent toujours sur le dehors.

         Comment, en tant qu’analyste, percevez-vous ces évolutions ?
         La névrose est une sorte de huis clos dans lequel on s’est enfermé avec des chaînes qui empêchent de se mouvoir. Tout au long de la cure, on peut constater une libération de la mémoire, de la parole, de la perception… La capacité à laisser aller sa parole, à la laisser divaguer, « délirer » au sens de « sortir des sillons », est beaucoup plus grande. Il y a aussi plus de facilité à ne pas vouloir tout maîtriser, à admettre de plus en plus une « pensée rêvante », et non pas toujours arrimée au réel.

      C’est à cela que l’on voit le changement intérieur, à cette aptitude à se laisser aller vers l’inconnu… En analyse comme dans la vie, la volonté de maîtrise de soi et des autres est le principal obstacle au changement.

(Enjeux Actuels de la Psychologie, Via Isabelle Charbonneyre)

Freud et le rêve Avignon

28 fév 2026

FREUD A EXPLIQUÉ POURQUOI TU NE TE SOUVIENS PRESQUE JAMAIS DE TES RÊVES 
Tu te réveilles.
Tu sais que tu as rêvé.
Mais en quelques secondes… tout disparaît.
Mauvaise mémoire ?
Pour Sigmund Freud, non.
Freud a dit quelque chose de dérangeant :

Oublier le rêve n’est pas un accident.
C’est une défense.
Selon lui, les rêves ne sont pas un simple bruit mental.
Ce sont des tentatives de l’inconscient pour exprimer des désirs, des peurs ou des conflits que nous n’acceptons pas toujours à l’état éveillé.
Mais ces contenus passent par ce qu’il appelait la « censure ».
L’esprit les déguise pour qu’ils ne soient pas trop perturbants.
Et au réveil, il se produit autre chose :

La même censure aide à les effacer.
Pourquoi ?
Parce que se souvenir de certains désirs ou conflits pourrait provoquer de la culpabilité, de l’angoisse ou une contradiction avec l’image que nous avons de nous-mêmes.
Freud observait que :
• plus le contenu émotionnel est intense,
• plus il est probable que le rêve soit oublié,
• ou que nous n’en retenions que des fragments épars
Ce n’est pas que le rêve n’a pas existé.
C’est que le système psychique le repousse hors de la conscience.
C’est pourquoi il ne reste parfois que :
• une image étrange
• une sensation inconfortable
• un détail absurde sans contexte
Le reste s’évanouit.

Freud le résumait ainsi :
Le rêve tente de montrer quelque chose.
La censure tente de le cacher.
Et au réveil, bien souvent, la censure l’emporte.
L’idée dérangeante est la suivante :
Ne pas se souvenir du rêve ne signifie pas qu’il ne dit rien.
Parfois, cela signifie qu’il en disait trop.
Et ce qui ne peut être maintenu dans la conscience…
se dissipe simplement.

Psychanalyste un métier impossible

3 fév 2026

Éduquer, Gouverner, Psychanalyser à l’épreuve du réel



Sigmund Freud affirmait qu’il existait trois métiers impossibles : éduquer, gouverner et psychanalyser.

Cette formule, souvent citée comme un trait d’esprit pessimiste, désigne en réalité une impossibilité d’un autre ordre. Elle ne pointe pas l’échec de ces pratiques, mais leur impossibilité structurelle d’être closes par un savoir définitif, une méthode universelle ou une maîtrise totale de leurs effets.



Ces métiers ne sont pas impossibles parce qu’ils seraient irrationnels ou mal conçus. Ils le sont parce qu’ils s’exercent sur un objet fondamentalement instable : le sujet humain, individuel ou collectif, toujours pris entre savoir, affects, fantasmes, récits et réel. Là où d’autres pratiques peuvent viser l’optimisation ou la prédictibilité, celles-ci se heurtent à une donnée irréductible : l’humain ne se gouverne pas par la vérité seule.



Il ne se structure ni par l’objectivité pure, ni par l’application correcte d’un savoir, mais par des compromis, des identifications, des conflits internes et une confrontation permanente à ce qui échappe.

Chacun en fait l’expérience au quotidien : savoir ce qu’il faudrait faire ne garantit ni de pouvoir le faire, ni que cela produira l’effet attendu.

On peut savoir qu’il faudrait rester calme, mieux communiquer, se coucher plus tôt, “

arrêter de crier, prendre du recul, et constater pourtant que, dans le réel d’une dispute, d’une fatigue, d’une peur ou d’une crise, ce savoir ne suffit pas. Non pas parce qu’il est faux, mais parce qu’entre savoir et acte, il y a un monde : celui de l’affect, de l’histoire, de la relation et de la situation.



Un malentendu traverse notre époque et alimente de nombreuses confusions : nous avons tendance à exiger des acteurs de ces métiers qu’ils disent la vérité, là où leur fonction réelle consiste avant tout à produire un effet opérant.



Nous ne devrions pas demander, pour conseil, au scientifique ce qu’il pense, mais ce qu’il sait, c’est-à-dire ce qu’il peut démontrer, tester, réfuter, stabiliser provisoirement. Peu importe son opinion personnelle : ce qui compte, ce sont les connaissances qu’il est capable d’étayer et de soumettre à la critique.

La science n’a pas pour fonction de dire ce qu’il faudrait penser ou croire, mais de produire des savoirs opératoires, toujours révisables.

Si par exemple un pont doit tenir, on ne demande pas à l’ingénieur son ressenti sur le béton. On lui demande ce qu’il sait : charges, contraintes, sécurité, calculs... Son opinion n’a pas de valeur si elle ne s’adosse pas à un savoir objectivable.



De la même manière, nous ne demandons pas au politique de dire la vérité au sens moral ou subjectif du terme. Nous lui demandons de poser des actes qui permettent au collectif de tenir, de fonctionner, de ne pas sombrer dans la désagrégation ou la violence.

Une parole politiquement « vraie » peut être destructrice ; un acte politiquement efficace peut nécessiter des compromis, des silences, voire des récits imparfaits. Dans les situations de crise, chacun comprend intuitivement qu’une transparence brute peut produire panique et chaos, là où une parole mesurée peut permettre au groupe de continuer à avancer.

Annoncer froidement il n’y aura plus de stocks pendant X semaines peut déclencher ruées, agressivité, marchés parallèles, défiance. Dire plutôt nous organisons la distribution, voici les priorités, voici ce qui est certain et ce qui ne l’est pas peut produire une autre dynamique : du calme, une ligne d’action, une cohésion minimale. Ce n’est pas la vérité contre le mensonge, c’est l’effet sur le collectif.



Dans ces métiers, la vérité n’est jamais une fin en soi. Elle est toujours subordonnée à une fonction :



produire du savoir opérant (science)



maintenir un lien et une stabilité symbolique (politique)



permettre une transformation subjective (psychanalyse)



Exiger la transparence absolue, la vérité totale ou la cohérence parfaite, c’est méconnaître la logique même de ces pratiques.

Ce n’est pas la vérité qui fait fonctionner un système humain, mais l’articulation entre savoir, acte et réel.



C’est précisément pour cette raison que Freud parlait d’impossibilité : non parce que ces métiers seraient mensongers ou défaillants, mais parce qu’ils ne peuvent jamais se réfugier derrière une vérité pure sans perdre leur efficacité.

Dire vrai peut parfois être irresponsable si cela détruit ce qu’il fallait maintenir ; et agir bien peut parfois exiger d’assumer l’inconfort de l’imparfait, du provisoire, du non-total.



Lorsque Freud évoque l’éducation, il ne désigne pas seulement l’institution scolaire. Il parle de l’acte éducatif au sens existentiel : celui du parent, de l’adulte référent, de toute figure chargée de transmettre, de contenir, d’orienter.



Contrairement à une idée répandue, l’éducation n’est pas un champ sans savoir. Les sciences du développement, de l’attachement, de la pédagogie ont produit des repères précieux.

Mais aucun de ces savoirs ne permet de garantir à l’avance ce qu’un enfant fera de ce qui lui est transmis. Deux parents peuvent appliquer des principes éducatifs similaires, offrir un cadre comparable, transmettre les mêmes valeurs, et voir pourtant leurs enfants emprunter des chemins radicalement différents.

Prenons l'exemple banal de deux familles qui posent la même règle (pas d’écran après 20h). Dans l'une des maisons, l’enfant se calme, lit, s’endort. Dans l’autre, l’enfant explose, l’ambiance se dégrade, la règle devient le foyer de toutes les tensions. La règle n’est pas vraie ou fausse : son effet dépend du moment, de l’enfant, de la relation, de l’histoire, de la fatigue, du climat familial.



L’éducateur agit donc toujours dans une zone intermédiaire :



éclairé par des connaissances,

contraint par le réel du quotidien,

exposé à l’imprévisibilité du sujet.



Il doit décider, poser des limites, parfois improviser, tout en sachant qu’il ne sait pas exactement ce qu’il fait. Il ne cherche pas la vérité sur l’enfant ; il cherche une manière de rendre la vie tenable, relationnellement supportable, psychiquement structurante.



Le sens de l’acte éducatif n’est jamais totalement donné à l’avance; il se construit en partie après coup, dans la manière dont l’enfant s’approprie, transforme ou détourne ce qui lui a été transmis.



Une limite posée pour protéger peut être vécue comme une attaque.

Une maladresse peut, à l’inverse, devenir un point d’appui structurant.

C’est souvent des années plus tard que l’on comprend ce qui a fait sens.

Comme par exemple un parent, qui croyant bien faire en sur-protégeant, en anticipant tout, en évitant la frustration, découvre parfois plus tard que son enfant n’a pas appris à tolérer l’échec. À l’inverse, un parent se reproche une phrase dite trop vite, et découvre que, pour l’enfant, cette phrase a été un repère : ça m’a réveillé, ça m’a structuré. L’effet réel ne coïncide pas toujours avec l’intention.



L’éducation confronte ainsi chacun à une vérité inconfortable :

faire de son mieux ne garantit rien, et pourtant il faut agir quand même.



Ce n’est pas l’absence de cadre qui rend l’éducation impossible, mais l’illusion qu’un cadre suffirait à garantir le résultat.



Gouverner révèle une autre impossibilité majeure. Les sciences économiques, sociales et politiques sont indispensables à l’action publique, mais elles ne gouvernent jamais seules.



Les sociétés humaines ne fonctionnent pas uniquement sur des faits. Elles se structurent aussi autour de peurs collectives, d’attentes symboliques, de récits partagés et d’identifications imaginaires.

On ne gouverne jamais uniquement des données, mais toujours leur interprétation.

Pour imager, disons qu'une réforme peut être logique sur le papier, rationnelle dans les chiffres, et pourtant déclencher colère, sentiment d’injustice, humiliation, peur du déclassement. À l’inverse, une mesure imparfaite peut produire de l’adhésion si elle est vécue comme protectrice, juste, ou symboliquement contenante.



Une décision peut être scientifiquement cohérente et politiquement intenable si elle échoue à produire du sens. À l’inverse, une décision imparfaite sur le plan technique peut stabiliser un collectif si elle parvient à contenir l’angoisse ou à maintenir un lien symbolique.

Dans la vie quotidienne, chacun sait qu’il n’est pas toujours responsable de tout dire, mais de dire ce qui permet à l’autre de tenir.

Annoncer brutalement à une équipe on va supprimer des postes, sans cadre ni perspective, peut démolir la motivation et accélérer l’effondrement. Dire voici la situation, voici les choix, voici ce qu’on met en place, voici ce qui est négociable ne change pas la réalité, mais peut changer l’effet : l’équipe peut rester debout, agir, s’organiser.



Pour davantage de clarté, disons que le politique échoue non pas lorsqu’il s’appuie sur la rationalité, mais lorsqu’il méconnaît la dimension fantasmatique et symbolique à laquelle toute rationalité doit s’articuler.



Gouverner est impossible parce qu’aucune décision ne peut satisfaire simultanément :



l’exigence de vérité scientifique

la cohérence économique

la stabilité symbolique

la pluralité des subjectivités



Il ne s’agit pas de renoncer à la science, mais de reconnaître qu’elle ne suffit jamais à produire l’adhésion ni le sens.



La psychanalyse, du moins le psychanalyste, radicalise cette impossibilité. Il n’est pas un détenteur de vérité sur le sujet. Il ne dit pas au patient ce qu’il est.

Il met en place un cadre et un travail du transfert permettant au sujet de transformer son rapport à ce qui se répète dans sa vie.



Beaucoup de personnes connaissent les faits de leur histoire, comprennent leurs mécanismes, parfois les expliquent avec une grande finesse intellectuelle et continuent pourtant à répéter les mêmes scénarios, les mêmes impasses, les mêmes souffrances.

Comprendre pourquoi l’on agit ne suffit pas à agir autrement.

Pour illustrer, tout le monde, ou du moins une grande partie, pourrait se reconnaître dans ces exemples : je sais que je choisis toujours le même type de relation et je recommence, je sais que je m’énerve trop vite et pourtant ça sort avant même que j’aie le temps de réfléchir, je sais que ce n’est pas grave mais mon corps panique quand même, je sais d’où ça vient et ça ne change rien.



Pourquoi ?

Parce que le réel psychique ne se réduit ni à l’information ni à la compréhension.



Ce n’est pas la vérité en soi qui libère, mais la transformation du rapport du sujet à ce réel qui insiste, se répète et résiste.



L’inconscient ne coopère pas.

Il ne se laisse ni optimiser, ni normaliser, ni programmer.



Psychanalyser est impossible parce que le travail analytique consiste précisément à accompagner ce mouvement sans chercher à le maîtriser, en acceptant qu’une part du sujet demeure irréductible.

Autrement dit : il ne suffit pas de voir le mécanisme ; il faut que quelque chose bouge dans la position du sujet, dans ce qu’il tolère, dans ce qu’il s’autorise, dans ce qu’il répète, dans ce qu’il ne cesse d’alimenter.



Ces trois métiers ont en commun de se déployer là où la maîtrise rencontre une limite.

Cette limite n’est pas un défaut à corriger, mais une condition du vivant.



Rigidifier l’éducation au nom de l’efficacité produit de la normalisation.

Rationaliser la politique au mépris du symbolique produit de l’impuissance ou de l’autoritarisme.

Transformer la thérapie en protocole standardisé supprime la singularité du sujet.



Plus on veut forcer le réel humain à entrer dans une grille parfaite, plus on risque de produire l’effet inverse : crispation, résistance, violence ou effondrement. C’est vrai dans une famille (quand on contrôle tout), dans une entreprise (quand on optimise l’humain), et dans le soin (quand on standardise le sujet).



Le sens n’est ni arbitraire ni imposé : il se co-construit dans la relation, à l’intérieur de cadres souples, ajustables, jamais totalisants.



Notre époque ne souffre pas d’un excès de science, mais d’une confusion entre savoir et maîtrise. Elle tend à croire que toute difficulté humaine appelle une solution technique, mesurable et optimisable.



Or Freud avait déjà pointé ce malentendu : ces métiers sont impossibles précisément parce qu’ils résistent à toute logique de résolution définitive.



Un enfant n’est pas un problème à corriger.

Un peuple n’est pas une équation à résoudre.

Un sujet en souffrance n’est pas un dysfonctionnement à réparer.



Dès lors, ces pratiques échouent lorsqu’elles prétendent éliminer l’incertitude plutôt que d’apprendre à travailler avec elle.



Vouloir des garanties totales dans ces domaines, c’est comme vouloir une recette infaillible pour aimer, pour élever, pour conduire un collectif ou pour se transformer intérieurement. On peut apprendre, s’appuyer sur des repères, affiner son jugement mais jamais verrouiller le réel humain.



Ainsi, les trois métiers impossibles ne sont ni archaïques ni anti-scientifiques.

Ils sont les lieux où la science rencontre sa limite sans être disqualifiée.



Les techniciser sans reste, ce n’est pas les améliorer.

Les abandonner au nom du relativisme, ce n’est pas les sauver.



Ils exigent une position éthique :

tenir face au réel sans prétendre le dominer.



Le sens de la vie n’est pas une réponse à produire, mais une position à soutenir dans l’incertitude du réel.

Qu'est-ce qu'un psychanalyste Avignon

14 jan 2026

"L'analyste ne doit pas chercher à savoir à tout prix, mais à accueillir ce qui se déploie dans l'entre-deux de la relation analytique."
"Avant de devenir analyste, il faut avoir affronté son propre désir, ses propres zones d’ombre. L'analyse personnelle est l'espace où l'analyste en devenir éprouve cette rencontre avec son inconscient."

(Le Désir d’analyste)  Wladimir Granoff

L'être, le prédicat, Lacan Avignon

14 jan 2026

Cette imprédication de l’être est présentée dans une formule déjà éloquente.
Il est dit : « L’Être est imprédicable » or justement « imprédicable », c’est peut-être là ce premier prédicat qui, dans cet essai de signifier l’impossible, ne fait que le répéter par le fait d’exposer sa propre vacuité et qui par là trace d’un seul coup la limite de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas.
En ce sens, le possible, le potentiel, c’est ce qui est impossible à effectuer, c’est ce qui ne peut pas se donner sans se transformer et changer de fonction.
Tandis que l’impossible c’est la seule chose qui peut se réaliser en laissant ouverte ce qui fonde cette impossibilité, c’est-à-dire cette béance, car le type de réalisation de l’impossible laisse béante l’impossibilité, ceci par exemple qu’est la prédication de l’imprédicable.
Je termine sur quelque chose qui nous amènerait un peu plus loin, mais je n’ai pas envie de conclure,
c’est-à-dire de boucler ce discours qui n’était qu’un préliminaire : le langage, c’est ce qui représente l’Être pour la parole, c’est-à-dire que la parole est dans la position de l’interprétant, entre l’arbre et l’écorce, de même que le fini c’est ce qui se tisse entre deux infinis. 
Je conclurai avec ces mots : avec le temps, ça sort !
Lacan (Encore, séminaire 1972-73, Livre XX)