Cette imprédication de l’être est présentée dans une formule déjà éloquente.
Il est dit : « L’Être est imprédicable » or justement « imprédicable », c’est peut-être là ce premier prédicat qui, dans cet essai de signifier l’impossible, ne fait que le répéter par le fait d’exposer sa propre vacuité et qui par là trace d’un seul coup la limite de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas.
En ce sens, le possible, le potentiel, c’est ce qui est impossible à effectuer, c’est ce qui ne peut pas se donner sans se transformer et changer de fonction.
Tandis que l’impossible c’est la seule chose qui peut se réaliser en laissant ouverte ce qui fonde cette impossibilité, c’est-à-dire cette béance, car le type de réalisation de l’impossible laisse béante l’impossibilité, ceci par exemple qu’est la prédication de l’imprédicable.
Je termine sur quelque chose qui nous amènerait un peu plus loin, mais je n’ai pas envie de conclure,
c’est-à-dire de boucler ce discours qui n’était qu’un préliminaire : le langage, c’est ce qui représente l’Être pour la parole, c’est-à-dire que la parole est dans la position de l’interprétant, entre l’arbre et l’écorce, de même que le fini c’est ce qui se tisse entre deux infinis.
Je conclurai avec ces mots : avec le temps, ça sort !
Lacan (Encore, séminaire 1972-73, Livre XX)


